John Elkann, président de Ferrari, affirme que l'idée d'une Ferrari électrique est devenue un sujet sérieux après une conversation avec Jeff Bezos. Il a fait cette révélation lors d'une conférence technologique à Turin, dans des propos rapportés par Reuters. Elkann a présenté cet échange comme un moment de réflexion, et non comme une instruction donnée par le fondateur d'Amazon. Entre la conversation de 2016 et la première Ferrari entièrement électrique, il y a eu des années de recherche, de design, d'ingénierie et d'investissements industriels.
Selon Elkann, les deux hommes ont parlé pendant une promenade en juillet 2016. Bezos aurait expliqué qu'il ne connaissait pas techniquement l'industrie automobile, mais qu'il comprenait l'innovation et pensait que Ferrari devait étudier sérieusement une voiture électrique. Environ dix ans plus tard, Ferrari a présenté la Luce. Rien ne prouve publiquement que Bezos ait conçu la voiture, financé son développement ou occupé un rôle officiel dans le projet.
Ferrari a d'abord créé l'infrastructure
Ferrari a inauguré en 2024 l'e-building de Maranello. Le site produit des voitures thermiques, hybrides et des composants destinés au premier modèle électrique de la marque. Le choix est important : Ferrari n'a pas remplacé une usine traditionnelle par un site réservé aux batteries. Elle a créé un espace flexible, cohérent avec son principe de neutralité technologique.
Le bâtiment produit et développe des batteries haute tension, des moteurs électriques et des essieux électriques. Ferrari indique que ces systèmes stratégiques sont conçus, développés et fabriqués à Maranello, tandis que les cellules de batteries continuent d'être fournies par des partenaires spécialisés. Cette maîtrise interne doit permettre de différencier les performances et l'expérience de conduite des modèles électrifiés.
L'e-building comprend aussi des mesures liées à l'énergie et à l'eau. Plus de 3 000 panneaux solaires installés sur le toit peuvent fournir 1,3 MW en puissance de pointe. Ferrari a décrit des systèmes de récupération d'une partie de l'énergie utilisée pour tester les batteries et les moteurs, ainsi que la collecte et la réutilisation de l'eau de pluie. Le programme électrique est donc associé à un investissement industriel plus large.
La Luce complète la gamme Ferrari
Le plan stratégique de Ferrari pour 2030 prévoit une transition progressive : 40 % de modèles thermiques, 40 % hybrides et 20 % entièrement électriques. Ferrari précise que le modèle électrique sera un ajout à la gamme. La marque continuera également à développer ses moteurs V6, V8 et V12 en parallèle des technologies hybrides et électriques.
Pour les clients, le choix de la motorisation reste une partie de l'expérience Ferrari. Pour l'entreprise, cette diversité conserve plusieurs voies techniques, mais elle rend le développement, la production et l'entretien plus complexes. La Luce est aussi un test d'identité : elle doit profiter de la réponse immédiate et du contrôle du couple électrique tout en conservant le caractère exclusif et le soin artisanal associés à Ferrari.
Le projet a été associé à LoveFrom, le studio fondé par Jony Ive, et son style a suscité des réactions très contrastées. Ces critiques ne changent pas le point stratégique : la Luce a été conçue comme une extension de la gamme Ferrari, pas comme le remplacement de tous les autres modèles.
Quelle a été l'influence réelle de Bezos ?
Le récit d'Elkann explique l'origine d'une question, pas l'ensemble du processus de décision. Une conversation avec un entrepreneur technologique peut ouvrir une réflexion, mais il faut des usines, des fournisseurs, des batteries, des logiciels, une homologation et des clients pour transformer cette réflexion en voiture. Les décisions documentées de Ferrari sont l'investissement dans l'e-building et le développement en interne de composants électriques stratégiques.
Il n'existe aucune information publique indiquant que Bezos ait choisi l'architecture technique, le design ou le positionnement commercial de la Luce. Ferrari ne l'a pas présenté comme investisseur ou conseiller du projet. La formulation exacte est donc que la conversation racontée par Elkann a contribué à la réflexion stratégique autour d'une Ferrari électrique ; la décision et l'exécution appartiennent à Ferrari et à ses équipes.
Le prochain défi
Ferrari doit démontrer qu'elle sait non seulement construire une voiture sans émissions à l'échappement, mais aussi intégrer la batterie, les moteurs électriques et le logiciel dans une expérience cohérente avec la marque. Elle doit également composer avec l'attachement de ses clients aux moteurs thermiques et à leur sonorité.
Les faits disponibles dessinent une stratégie prudente : électrification limitée, composants clés développés à Maranello et coexistence de modèles thermiques, hybrides et électriques. L'histoire de Bezos explique où une question a commencé, mais le succès de la Luce dépendra de la réaction des clients, des premières livraisons et de la capacité de Ferrari à rendre la technologie électrique reconnaissable comme une Ferrari.



