François Provost, directeur général de Renault Group, a relancé en Roumanie le débat sur les critères d’attribution des aides à l’achat d’une voiture neuve. Dans un entretien cité par Libertatea, il a demandé si le programme de renouvellement automobile Rabla devait soutenir de la même manière une voiture produite dans l’usine Dacia de Mioveni et un véhicule importé depuis l’extérieur de l’Europe. Ses propos interviennent alors que les constructeurs chinois gagnent des parts de marché en Europe et que le site roumain concentre sa production sur moins de modèles.

Provost n’a pas demandé une interdiction générale des marques chinoises. Il a déclaré être prêt à les affronter, mais il estime que l’argent public ne crée pas le même effet lorsqu’il finance une importation ou lorsqu’il accompagne un véhicule lié à des emplois, des fournisseurs et des investissements en Roumanie. Il s’agit de la position d’un dirigeant industriel, pas d’une nouvelle règle du programme Rabla.

Le fonctionnement actuel de Rabla

Le programme est géré par l’Administration du fonds pour l’environnement, l’AFM. Un particulier remet une voiture ancienne à un opérateur agréé, la fait radier et utilise un éco-bonus pour acheter une voiture neuve auprès d’un constructeur ou d’un concessionnaire validé. L’aide réduit donc le prix payé par le client; elle ne constitue pas un versement direct à une usine roumaine.

Pour l’édition 2026, l’AFM a annoncé une enveloppe totale de 300 millions de lei. Les montants publiés étaient de 18 500 lei pour une voiture électrique à batterie ou à hydrogène, 15 000 lei pour une hybride rechargeable, 12 000 lei pour une hybride classique et 10 000 lei pour une voiture thermique admissible, y compris au GPL ou au GNC. Le dispositif prévoyait aussi des plafonds de prix et d’émissions. Les voitures diesel n’étaient pas financées dans cette édition.

Ces règles portent surtout sur la motorisation, les émissions et la mise à la casse du véhicule ancien. Elles ne donnent pas automatiquement la priorité à l’assemblage en Roumanie. La question soulevée par Provost est de savoir si une prochaine version doit ajouter un critère lié à l’origine ou à la valeur économique créée en Europe.

Pourquoi Mioveni est au centre de la discussion

Renault Group indique que l’usine de Mioveni a été inaugurée en 1968 et intégrée au groupe en 1999. Le complexe comprend l’emboutissage, la carrosserie, les châssis, la peinture, l’assemblage et la logistique. La page officielle du groupe mentionne 6 096 salariés au 31 décembre 2025 et précise que plus de 88 % des véhicules produits sur place sont exportés.

En 2025, le site a atteint le total cumulé de huit millions de véhicules Dacia. Il a également commencé à produire le Dacia Bigster. Renault Group a publié pour la même année 175 318 Duster et 100 375 Bigster fabriqués à Mioveni. Ces chiffres sont ceux du constructeur; ils ne sont pas une mesure indépendante des immatriculations roumaines.

Le réseau industriel de Dacia n’est plus celui de la période où Logan, Sandero et Jogger étaient davantage associés à la Roumanie. Les modèles sont désormais répartis entre plusieurs sites. L’article de départ associe Logan, Sandero et Jogger au Maroc, et d’autres programmes à la Turquie, à la Slovénie et à la Chine. La Spring montre pourquoi l’origine doit être vérifiée version par version: l’ancienne génération était liée à la production chinoise, tandis que la nouvelle est associée à la Slovénie.

L’enjeu ne concerne pas uniquement les voitures terminées. Une usine automobile dépend des équipementiers, des transporteurs, de la maintenance, des services techniques et des flux d’exportation. Provost a parlé d’environ 10 000 personnes chez Dacia, sans compter les fournisseurs et les investissements. Cette formulation vient de l’entretien et ne constitue pas une nouvelle étude indépendante sur l’emploi.

La concurrence chinoise et l’origine du véhicule

Selon Provost, les marques chinoises représenteraient environ 10 % du marché et exerceraient une pression particulière sur les volumes produits par Dacia en Roumanie. Cette estimation doit lui être attribuée. Le marché européen ne compte pas un seul concurrent chinois: BYD, Chery, SAIC et d’autres groupes proposent des modèles, des prix, des technologies et des réseaux de service différents.

L’Union européenne applique déjà des mesures commerciales à certains véhicules produits en Chine. Après une enquête antisubventions, la Commission européenne a imposé en octobre 2024 des droits compensateurs sur les voitures électriques à batterie importées de Chine. Les taux publiés vont de 7,8 % à 35,3 %, selon le constructeur et sa participation à l’enquête. Il ne s’agit pas d’une interdiction générale et la mesure ne concerne pas automatiquement toutes les voitures chinoises ni toutes les hybrides.

Une règle Rabla fondée sur l’origine serait donc difficile à rédiger. Une marque européenne peut produire en Chine; une entreprise chinoise peut assembler un véhicule dans l’Union; les composants peuvent traverser plusieurs frontières. La nationalité de la société, l’assemblage final, la valeur ajoutée et l’origine des pièces sont des critères différents. Le débat mentionne aussi les intérêts de constructeurs liés à la Turquie, au Japon, à la Corée du Sud et au Royaume-Uni.

Le coût de l’énergie

Le dirigeant de Renault a également critiqué le prix de l’électricité en Roumanie et demandé au gouvernement d’étudier des moyens d’aider l’industrie. L’entretien ne donne pas une méthode comparable pour les contrats industriels de chaque pays européen. Cette affirmation doit donc être présentée comme l’évaluation de Renault.

L’énergie intervient dans l’emboutissage, le soudage et la peinture, mais elle n’est pas le seul facteur de compétitivité. La productivité, les salaires, l’automatisation, le transport, la qualité des fournisseurs, le taux de change, le financement et les volumes de commandes comptent aussi. Une usine peut rester stratégique tout en ajustant temporairement ses équipes lorsque les commandes des concessionnaires ou des marchés d’exportation diminuent.

Renault Group présente toujours Mioveni comme un élément de son réseau industriel. Cela ne garantit pas un volume annuel fixe et ne signifie pas que tous les prochains modèles Dacia seront fabriqués en Roumanie. La répartition dépend des plateformes, des capacités, des coûts et des décisions du groupe.

Les conséquences possibles pour les clients

Un futur critère «Made in EU» pourrait rendre certaines versions admissibles et en exclure d’autres, même avec une technologie comparable. Les véhicules assemblés en Chine, au Maroc, en Turquie, au Royaume-Uni ou dans l’Union pourraient être traités différemment. Le texte devrait définir l’assemblage, les composants et l’origine tout en respectant les accords commerciaux.

Pour l’acheteur, le pays de production ne serait qu’un élément. Il faudrait également vérifier la version exacte, le prix après l’éco-bonus, le délai de livraison, la garantie, le réseau de réparation, les pièces et le coût d’utilisation. Une aide Rabla ne certifie ni la fiabilité ni la valeur de revente.

Provost a aussi affirmé que Renault pouvait rivaliser sur le plan technologique avec les constructeurs chinois, en citant la connectivité, les aides à la conduite et les services d’intelligence artificielle avec Gemini. Ce sont des déclarations de l’entreprise, pas des résultats de tests Carboratory. Une comparaison sérieuse devrait examiner des modèles précis, les prix, les logiciels, l’autonomie, la recharge, la garantie et le service après-vente.

Ses déclarations n’excluent pour l’instant aucune marque du programme. Elles déplacent le débat du montant du bonus vers l’objectif de Rabla: renouveler le parc automobile, réduire les émissions, soutenir l’emploi industriel européen, ou combiner ces objectifs. La réponse devra venir de règles publiques précises, pas de l’interprétation d’une déclaration de constructeur.

Sources