Pour Mercedes-Benz, BMW et Stellantis, les partenariats d'intelligence artificielle concernent déjà des activités très différentes : la voix à bord, les simulations de choc et les opérations de l'entreprise. Une éventuelle correction du marché de l'IA poserait donc la question de la continuité des fournisseurs et du coût des projets. Elle ne suffirait pas à démontrer l'arrêt de ces collaborations ou l'insolvabilité de leurs partenaires.

Les annonces officielles permettent de préciser ce qui est prévu, pour quel usage et sur quel marché. Deux enquêtes de 2026 donnent un autre éclairage : les dirigeants accordent une forte priorité à l'IA, mais l'expérimentation, la gouvernance et les bénéfices déclarés restent à des niveaux différents selon les organisations.

Une priorité stratégique ne constitue pas un rendement acquis

Dans son Global Automotive Sector Outlook publié le 24 septembre 2026, PwC indique que 51 % des répondants placent l'IA parmi les trois technologies les plus importantes pour leurs objectifs stratégiques des cinq prochaines années. La recherche repose sur 720 dirigeants de constructeurs et d'équipementiers de premier rang dans 33 pays, interrogés en mars et avril 2026.

Ce résultat mesure une priorité déclarée. Il ne prouve pas que chaque projet est rentable ou que chaque fonction présentée sera intégrée à une voiture vendue en France. PwC identifie également l'IA et l'ingénierie logicielle parmi les domaines où les capacités des entreprises restent insuffisamment développées au regard de leur importance.

La question des partenaires ne se limite donc pas à signer un accord. Il faut savoir si l'outil concerne un travail d'ingénierie, un service destiné au conducteur ou un processus commercial. Les collaborations annoncées par BMW, Mercedes-Benz et Stellantis illustrent précisément ces différences.

BMW utilise ses données de simulation avec Mistral

BMW et Mistral AI ont annoncé le 28 mai 2026 une collaboration sur l'analyse des simulations de choc. Le constructeur dit réaliser des milliers de simulations virtuelles par semaine et disposer d'un historique de plus d'un pétaoctet de données. Ces informations décrivent les structures des véhicules et le comportement des matériaux.

L'approche repose sur des Large Industry Models, des modèles spécialisés formés à partir de données industrielles d'ingénierie et de simulation. BMW vise une amélioration de la qualité, de la précision et de la vitesse des tâches de développement complexes. Les données et le savoir-faire du constructeur font partie de la base du projet, avec les capacités d'entraînement de Mistral.

Le communiqué ne prévoit pas la suppression des essais physiques de collision et ne publie pas de baisse mesurée des accidents routiers. Il n'annonce pas non plus une nouvelle option accessible dans les menus d'une BMW. L'utilisateur immédiat de cet outil est l'équipe de développement, avant la commercialisation du véhicule.

Mercedes-Benz vise un traitement vocal local en Amérique du Nord

Le partenariat pluriannuel Mercedes-Benz–Liquid AI, annoncé le 23 avril 2026, concerne des modèles équipés des troisième et quatrième générations de MBUX en Amérique du Nord. Il porte sur l'intelligence embarquée, notamment la reconnaissance de la parole, la compréhension du langage et le raisonnement dans l'interaction avec la voiture.

Selon Mercedes-Benz, les modèles Liquid sont conçus pour fonctionner dans le véhicule sans échanges continus avec le cloud. Le constructeur présente cette solution comme complémentaire des modèles linguistiques et des écosystèmes cloud existants. Cela ne rend pas automatiquement tous les services connectés indépendants d'internet et ne constitue pas un essai indépendant de leurs performances.

L'annonce d'avril visait une première mise en production de la technologie vocale avancée au second semestre 2026. Cette cible ne prouve pas que tous les véhicules éligibles disposent déjà de la fonction. Le périmètre nord-américain ne confirme pas non plus une disponibilité identique en France, ni la prise en charge de chaque langue européenne.

Stellantis étend l'IA aux opérations du groupe

Le 1er octobre 2025, Stellantis et Mistral ont annoncé une nouvelle étape, des pilotes vers une adoption à l'échelle de l'entreprise. Leur organisation prévue comprend un Innovation Lab pour développer des solutions adaptées aux processus et une Transformation Academy pour étendre les usages et accompagner le passage des prototypes à la production.

Les ventes et l'après-vente figurent parmi les premiers domaines retenus. Les partenaires citent aussi l'exploitation des retours clients et des données pour améliorer développement et qualité. L'annonce décrit une ambition et un dispositif de travail ; elle ne fournit pas une économie vérifiée par véhicule et ne certifie pas chaque déploiement dans toutes les marques.

Les gains de productivité concernent un groupe particulier

Capgemini Research Institute a publié le 12 octobre 2026 son étude sur l'IA dans le développement automobile. L'enquête menée en juillet porte sur 800 cadres dirigeants de 12 pays d'Amérique du Nord, d'Europe et d'Asie-Pacifique : 400 chez les constructeurs, 160 chez les équipementiers de premier rang et 240 chez les fournisseurs de technologies. Elle comprend aussi 24 entretiens approfondis.

Dans cet échantillon, 33 % des organisations utilisaient l'IA agentique pour le développement des produits et 35 % la testaient dans des pilotes. Seules 5 % déclaraient une gouvernance IA pleinement mature. Ces proportions sont des réponses d'enquête, pas un audit de toutes les entreprises automobiles mondiales.

Le groupe identifié comme tirant le plus de valeur de l'IA rapporte des cycles de développement 17 % plus rapides, une productivité d'ingénierie supérieure de 19 % et un délai de mise sur le marché réduit de 19 %. Les chiffres concernent ce groupe, pas une moyenne garantie pour tout le secteur. Ils ne permettent pas de promettre le même gain à chaque nouveau contrat logiciel.

Seules 10 % des organisations avaient établi une responsabilité partagée avec leur écosystème sur l'ensemble du cycle de vie, et 30 % des modèles de codéveloppement fondés sur des indicateurs de résultat communs. Pour un acheteur, l'annonce d'un partenaire AI doit donc rester distincte de la fonction confirmée et du service effectivement proposé sur son marché.

Visuel officiel Mercedes-Benz, annonce Liquid AI du 23 avril 2026. Illustration du partenariat nord-américain, sans confirmer une disponibilité mondiale. Conversion WebP ; usage éditorial. Mercedes-Benz Media.

Sources